La notion de développement durable
dernière mise à jour : 11 mars, 2005

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Sur le site Banque mondiale
http://www.worldbank.org/depweb/french/beyond/global/beg-fr.html#toc

Le développement durable est une expression abondamment utilisée par les hommes politiques du monde entier, bien que cette notion soit encore assez nouvelle et ne soit pas interprétée partout de la même façon. Le concept de développement durable, pour important qu'il soit, en est encore au stade de l'élaboration, et sa définition ne cesse d'être révisée, élargie et précisée. Au moyen du présent ouvrage, vous pouvez essayer d'améliorer cette définition à mesure que vous comprendrez davantage les liens entre ses principaux éléments — les facteurs économiques, sociaux et environnementaux du développement durable — et que vous déciderez de l'importance respective à leur accorder en fonction de votre propre système de valeurs.

Selon la définition classique qu'en a donnée la Commission mondiale pour l'environnement et le développement des Nations Unies en 1987, le développement est durable s'il « répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ». Il est généralement admis que cette « équité entre générations » sera impossible à réaliser s'il n'y a pas, à l'heure actuelle, de justice sociale, si les activités économiques de certains groupes d'individus continuent de menacer le bien-être de ceux qui appartiennent à d'autres groupes ou qui vivent dans d'autres parties du monde. À titre d'exemple, imaginez que le déboisement continu du bassin de l'Amazone, connu pour son extraordinaire biodiversité, entraîne l'extinction d'une obscure espèce végétale qui aurait pu aider à guérir le sida (syndrome d'immunodéficience acquise), ce fléau qui menace les êtres humains à travers le monde. Ou pensez aux émissions de gaz à effet de serre, qui sont principalement le fait des pays industriels et qui risquent d'entraîner un réchauffement planétaire et l'inondation de certaines îles de faible altitude, aboutissant au déplacement et à l'appauvrissement de populations entières.

On peut considérer que la justice sociale, définie comme l'égalité d'accès au bien-être aussi bien au sein d'une même génération que d'une génération à l'autre, recouvre au moins trois aspects : économique, social et environnemental.

 

 

Seul un développement qui parvient à concilier ces trois séries d'objectifs peut être maintenu durablement.

Inversement, le fait de négliger l'un de ces aspects peut compromettre la croissance économique de même que l'ensemble du processus de développement.

 



D'arpès le site BRISES, CRDP de l'académie de Lyon
http://brises.org/category/d4751ec6e40f8af05dbcd909bab32847

Lexique

C'est le développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre à leurs propres besoins.

Définition du développement durable

Le développement durable, ou soutenable, (soutenabilité du développement), est apparu comme une revendication forte avant d'apparaître comme une notion parfaitement définissable.
L'hypothèse de base est que le type et le rythme actuels de croissance n'apparaissent plus comme soutenables dans la durée, pour des raisons essentiellement écologiques mais aussi démographiques et sociales. Or cette sensibilité date au moins du rapport Meadows (ou du "Club de Rome") : "Halte à la croissance" dés 1972…
L'expression elle-même est apparue plus tard (en 1980) dans une publication de l'Union internationale pour la conservation de la nature, mais elle a surtout été reprise et popularisée par le rapport Brundtland en 1987, produit par une commission environnement et développement de l'ONU
Cette commission le définissait comme "le développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre à leurs propres besoins". Et l'auteur l'illustrait récemment en disant : "Au lieu d'étudier l'énergie, la pollution... de façon séparée, nous avons placé l'être humain au centre de la problématique. Nous nous sommes simplement demandé : de quoi avons-nous besoin pour garantir que chaque personne, ses enfants, ses petits-enfants et les générations à venir puissent avoir assez de nourriture, de protection, de dignité et de liberté pour vivre des vies riches et constructives ?".
Mais, à partir de là, selon le rapport de la commission Environnement du 11ème plan (Godard et Theys) il y a au moins 4 interprétations différentes de cette notion. Selon eux :

  • le rapport Brundtland centre abstraitement la notion de développement durable sur l'impératif de satisfaction des besoins humains de demain.
  • une approche plus gestionnaire la centrerait sur l'impératif de préservation d'un ""capital naturel"" suffisant pour sa croissance naturelle ne soit pas dépassée par les prélèvements humains prévisibles.
  • une approche néo-classique la centrerait sur l'impératif théorique de préservation du revenu réel par tête dans le cadre de la substituabilité généralisée des ressources aptes à préserver la satisfaction procurée par l'unité monétaire marginale.
  • une approche plus solidaire critiquerait cette notion abstraite d'équité intergénérationnelle en disant qu'elle n'a aucun sens tant que le développement n'est pas plus équitable à l'intérieur de la génération contemporaine. Ainsi l'impératif d'équilibrage (social) du développement actuel serait une condition préalable à la formalisation de principes opérationnels pour l'arbitrage entre consommations futures et consommations actuelles.

On voit que la notion est riche mais que sa ""mise en musique"" politique est particulièrement délicate : à quelles conditions et à quel point pourra-t-on vraiment concilier les objectifs économiques, les objectifs sociaux et culturels, et les objectifs environnementaux du développement ?

Enjeux du développement durable

Les enjeux sont généralement présentés comme ceux de la survie de l'humanité sur la planète. En réalité, il est évident que ce n'est pas toute l'humanité qui sera soumise aux mêmes risques et au même degré. La question va aussi se poser en termes conflictuels : quelles parties de l'humanité pourront encore améliorer ou préserver leur mode et leur niveau de vie ? quelles parties devront en changer et dans quel sens ? quelles parties pourront se trouver exclues du partage des ressources les plus rares ? A quel prix économique et humain se fera l'avenir ainsi choisi pour le développement (de plus en plus équitable ou de plus en plus inéquitable) ?
La problématique libérale (dominante) pour rendre le développement plus durable consiste à généraliser encore le principe du marché afin que l'allocation des ressources rares continue de se faire sur la base unique des contrats de droit privé. Cette logique préside à la création d'un nouveau marché international des ""droits à polluer"". L'idée est que les principales sources de pollution sont connues, et la tolérance de la planète à un certain niveau de chaque pollution est également connue. Donc l'humanité, dans son ensemble, possède un certain ""droit à polluer"" qui reste à répartir équitablement entre les différentes régions du monde. Un premier débat consiste à savoir si la répartition initiale des droits raisonne en flux polluants additionnels absolus ou relatifs. (Il est clair que donner droit à 10% aux E.U. et 10% à la Chine reviendrait à entériner (et même à aggraver) définitivement la différence de développement accessible entre ces 2 pays). Ensuite, chaque région utilise ou n'utilise pas les ""droits"" précédemment définis. Cela ouvre automatiquement un nouveau marché entre ceux qui ont plus de besoins (solvables) et ceux qui ont pour le moment moins de besoin dans ce domaine (et plus dans un autre)…
Cette politique est celle qui donne le moins de contraintes aux entreprises. Une politique plus interventionniste consisterait d'une part à généraliser le ""principe de précaution"", d'autre part à généraliser le principe ""pollueur-payeur"". Selon le premier principe, aucune activité nouvelle ne pourrait être entreprise tant qu'elle n'aurait pas elle-même fait la preuve de sa non-nocivité d'une part et de sa soutenabilité suffisante d'autre part. Selon le second principe, toute activité créant un dommage dans le capital naturel vital de la planète ne pourrait être entreprise que lorsque son coût d'exploitation aurait intégré le coût d'un renouvellement suffisant de ce capital naturel.
Le refus des américains de signer la convention de Rio sur la préservation du climat est généralement interprété comme le choix d'imposer leur première problématique au détriment de la seconde.
Au delà de la durabilité écologique du type et du rythme de développement actuellement en vigueur dans les pays avancés, se pose donc également le problème de leur durabilité sociale et géopolitique. Déjà de nos jours, un grand nombre des conflits en cours sur la planète peuvent être interprétés comme des guerre du pétrole et des guerres de l'eau. Ce type de conflits pourrait se généraliser autour d'un plus grand nombre de biens vitaux et donner lieu à la solidarisation des population les plus nombreuses et les plus démunies. Cette solidarisation pourrait prendre la forme de ""guerres de civilisations"" notamment entre le Nord et le Sud, et on devine déjà la forme terroriste que pourrait prendre de tels nouveaux conflits…
Il est donc urgent de prendre la mesure des enjeux de cette notion et de s'en saisir pour renouveler en profondeur, d'une part notre batterie d'indicateurs économiques trop aveugles à ces déséquilibres croissants, d'autre part nos problématiques économiques traditionnelles incapables de parvenir à un niveau de régulation à la hauteur de tels enjeux ou de tels risques.

Tendances

Les tendances lourdes ont été bien soulignées par le ""sommet de Rio"" en 1992, et elles n'ont malheureusement pas été inversées depuis : tous les paramètres de la vie terrestre sont en danger : l'eau, l'air, les sols (et leur caractère nourricier), les sous-sols, la forêt, la biodiversité, les climats, la santé des animaux et des hommes, enfin la démographie et la répartition des hommes par rapport à celle des ressources. On peut donc s'alarmer de l'émergence de configurations déflagrantes…

Indicateurs du développement durable

L'indicateur le plus connu pour se préoccuper d'un plus grand nombre des objectifs de la croissance et du développement est l'IDH (indicateur de développement humain) (défini par ailleurs).
Il est intéressant mais pas encore suffisant pour prendre en compte les différents éléments de la définition du développement durable et des 4 interprétations. On voit bien qu'un grand nombre d'indicateurs seraient aussi à suivre, notamment en ce qui concerne :

  • l'évolution démographique
  • les divers dégâts environnementaux et sociaux de la croissance économique (voir tout ce qui concerne les critiques du PIB)
  • l'évolution de la pauvreté sur la zone étudiée
  • l'épuisement tendanciel des stocks de matières premières, non ou mal substituables ni renouvelables
  • les dangers de la régression de la biodiversité naturelle (et certains ajouteraient de la diversité culturelle)

En savoir plus

  • Au delà de la croissance économique : Un manuel en ligne créé par la Banque Mondiale, et qui commence ainsi : "Cet ouvrage a principalement pour but d'aider le lecteur à élargir ses connaissances sur les questions qui se posent au plan mondial, à mieux comprendre la situation de leur pays dans le contexte international et à cerner les problèmes soulevés par le développement durable, au plan tant national que mondial". Un ouvrage pédagogique, nuancé et riche en données statistiques agréablement illustrées, dont les chapitres 1, (2), 10, 14, 15, 16 et 17 sont plus particulièrement axés sur des questions de développement durable.
  • AGORA21 : site francophone consacré au développement durable
  • Sommet Mondial sur le Développement Durable Johannesburg 2002
  • On peut également consulter le rapport Viveret reconsidérer la richesse.
  • Une critique radicale du concept de développement … fut-il durable se trouve dans un article de S. Latouche (Le Monde diplomatique de Mai 2001) : "En finir, une fois pour toutes, avec le développement", avec notamment le passage suivant :
    "Faudra-t-il attendre encore quarante ans pour qu'on comprenne que le développement c'est le développement réellement existant ? Il n'y en a pas d'autre. Et le développement réellement existant, c'est la guerre économique (avec ses vainqueurs bien sûr, mais plus encore ses vaincus), le pillage sans retenue de la nature, l'occidentalisation du monde et l'uniformisation planétaire, c'est enfin la destruction de toutes les cultures différentes.C'est pourquoi le " développement durable ", cette contradiction dans les termes, est à la fois terrifiant et désespérant ! Au moins avec le développement non durable et insoutenable, on pouvait conserver l'espoir que ce processus mortifère aurait une fin, victime de ses contradictions, de ses échecs, de son caractère insupportable et du fait de l'épuisement des ressources naturelles...On pouvait ainsi réfléchir et travailler à un après-développement, bricoler une post-modernité acceptable. En particulier réintroduire le social, le politique dans le rapport d'échange économique, retrouver l'objectif du bien commun et de la bonne vie dans le commerce social. Le développement durable, lui, nous enlève toute perspective de sortie, il nous promet le développement pour l'éternité ! L'alternative ne peut prendre la forme d'un modèle unique. L'après-développement est nécessairement pluriel. Il s'agit de la recherche de modes d'épanouissement collectif dans lesquels ne serait pas privilégié un bien-être matériel destructeur de l'environnement et du lien social. L'objectif de la bonne vie se décline de multiples façons selon les contextes".

Bibliographie

Pierre CHASSANDE

Développement durable
Pourquoi ? Comment ?

Editions Edisud, août 2002.

Un autre aspect sur l’incertitude des décisions à long terme...

La genèse de l’idée

Robert-Thomas MALTHUS

Essai sur le principe de population (1798)

Progression géométrique de la population, progression arithmétique de la production agricole, les dernières terres agricoles mises en cultures étant celles dont la productivité est la plus faible Ces deux dynamiques sont incompatibles et il doit en résulter une paupérisation croissante de la population.

Antécédent historique pour critiquer l’idée de développement durable avec deux arguments contradictoires : d’abord parce que cette théorie est désespérément pessimiste, ensuite parce qu’elle a été totalement invalidée par les faits. Or les raisons mêmes de son échec sont instructives : l’analyse s’est focalisé sur un mécanisme de court terme et en a déduit des conclusions pour le long terme.


Joël MARILLET, Benoît URGELLI, mars 2005