Le
protocole de Kyoto
dernière mise à jour : 11 mars, 2005
- Actualité 2005
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EUROPE : depuis le 1er janvier 2005
: Emissions Trading System dans l’Union Européenne
(UE) : 12 000 sites des principales industries émettrices de
gaz à effet de serre (GES) (énergie, métallurgie,
minerais, ciment, papier…) de l’UE ont reçu une
allocation de permis d’émission qu’elles peuvent
utiliser ou échanger ; le dépassement est taxé
à 40€ la tonne de ?? (100€
en 2008)
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voir aussi
Le
point sur le réchauffement climatique
De la sphère scientifique
à la sphère politique…
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1972 : sujet abordé à
Stockholm à la conférence mondiale sur l’environnement
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1979 : première conférence
mondiale sur le climat
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1988 : création du GIEC (groupe
intergouvernemental sur l’évolution du climat)
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1990 : premier rapport du GIEC
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1992 : conférence de Rio
qui envisage du quantifier les droits d’émission de GES
-
1997 : protocole de Kyoto qui distribue
pour chaque pays – en référence aux émissions
de 1990 – les quantités d’émissions autorisées
sur 2008-2012
-
1998 : l’union européenne
s’engage à une réduction de 8% de ses émissions
de GES en 2012 par rapport à 1990 mais choisit de constituer
une « bulle » en distribuant l’effort de manière
différenciée selon les pays (l’Allemagne qui brûle
beaucoup de combustibles fossiles pour produire de l’énergie
doit ainsi diminuer ses émissions de 21%, la France de 0%).
-
2001 : Le président des Etats-Unis
annonce qu’il s’oppose à la ratification du protocole
-
2004 : Moscou ratifie le traité
-
2005 : Entrée en vigueur
du traité
… pourquoi ? c’est à première vue étonnant
puisque la préservation de l’environnement a un coût,
mais compréhensible car on connaît l’incapacité
du marché à anticiper des scénarios de long terme.
Un nouveau coût
économique ?
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La conférence
de Rio marque un tournant : l’atmosphère était
jusqu’alors un bien libre, sans valeur d’usage. Mais
l’analyse scientifique a souligné les conséquences
climatiques d’un rejet massif de GES. Dès lors la composition
de l'atmosphère (et ses conséquences sur le climat)
sont devenus un bien collectif pur dont le dérèglement
est potentiellement dangereux pour tous (tout le monde risque de
souffrir du réchauffement et nul ne peut y échapper).
La collectivité décide alors de limiter les émissions
de GES en retenant le principe des permis d’émission
négociables qui permet de définir a priori la quantité
maximum de GES qui pourront être émis . Les droits
d’émissions deviennent donc rares, ce sont des biens
privés qui acquièrent un prix par la confrontation
de l’offre et de la demande (leur valeur d’échange
dépendra à terme de leur valeur d’usage). |
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L’accroissement
des coûts de production est donc certain à court terme
même si l’entreprise peut choisir de financer une recherche-développement
qui lui permette à l’avenir de s’affranchir de
l’achat des permis d’émission. Ce constat suscite
des réticences bien sûr aux Etats-Unis qui ont refusé
de ratifier Kyoto en raison des surcoûts pour l’économie
américaine mais aussi en Europe où les entrepreneurs
craignent de perdre en compétitivité-prix si l’Europe
seule montre l’exemple. |
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La minimisation du coût à court terme
de la réduction des émissions a cependant été
envisagée dans l’architecture même du protocole
par le biais de divers mécanismes de flexibilité
:
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l’objectif est fixé
sur une période de 4 ans (2008-2012) pour lisser d’éventuels
dépassements conjoncturels.
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des quotas sont attribués
à chaque pays en fonction des émissions de 1990.
L’allocation initiale tient donc compte du niveau de développement
pour donner plus à ceux qui émettent plus .
-
les permis peuvent être
échangés selon le mécanisme de marché
: ainsi une entreprise à qui une réduction d’émission
coûtera 10 pourra acheter à 8 un permis à
une entreprise dont le coût de réduction vaut 5.
En conclusion, les réductions d’émissions
auront d’abord lieu là où elles coûtent
le moins .
-
Le mécanisme de développement
propre permet dès aujourd’hui à des entreprises
d’un pays industrialisé de récupérer
des permis d’émission à hauteur des réductions
d’émissions obtenue dans des PED par un investissement
propre
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Le mécanisme de mise
en œuvre conjointe débute en 2008 et permet ce même
type de transferts entre pays développés.
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On peut ajouter que certains économistes
suggèrent de réduire la distorsion de coûts
en utilisant les recettes fiscales des « amendes »
pour réduire la pression fiscale sur le travail.
Enfin à moyen et long terme on peut envisager
une baisse des coûts liée à l’innovation
technologique et à la réorientation de la demande
vers des produits ou des services dont la production engendre
peu d’émissions de GES. D’ailleurs, même
sans la contrainte de Kyoto, les industriels américains
envisagent aussi d’investir dans la recherche
et développement de technologies propres car les
unités de production et les débouchés des
multinationales américaines sont à l’échelle
du monde.
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Un petit pas environnemental
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L’impact de
Kyoto sur la concentration de GES et donc sur le réchauffement
sera négligeable. Avec les Etats-Unis, la réduction
moyenne de 5,2 % des émissions de GES en 2008-2012 par rapport
à 1990 devait permettre de limiter le réchauffement
de 0,06°C. Sans les Etats-Unis qui représentent 46% des
émissions des pays riches et sans la certitude que les autres
réussiront à atteindre leurs objectifs…on peut
se demander quel est le sens de cet accord ? Politique certainement. |
Un premier pas
politique dans le domaine de l’environnement
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Le marché est incapable
de prendre en compte le très long terme… quel homo
oeconomicus renoncerait à son intérêt immédiat
pour celui – hypothétique – des générations
futures ? Le politique doit donc pallier cette insuffisance du
marché.
Question problématique : comment gérer le risque
de défection puisqu’il s’agit d’un bien
collectif (le non-réchauffement du climat) dont on ne peut
exclure l’usage. Chacun a intérêt à
se retirer du protocole dès lors que les autres continuent
à participer.
Pour minimiser ce risque, les ambitions du protocole
de Kyoto ont été modestes (et cela n’a pas
empêché le refus américain !). Qu’en
sera-t-il lorsqu’il faudra amplifier l’effort de réduction
des émissions jusqu’à changer de modèle
de développement ?
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Conclusion
On peut souligner une hypothèse
intéressante pour renforcer Kyoto et développée par
Roger GUESNERIE dans son rapport (cf. bibliographie). Il faudrait reconsidérer
la séparation entre champs du commerce et champs des biens environnementaux
globaux. Si les négociations interétatiques intègrent
à la fois les enjeux commerciaux et environnementaux, en sachant
par ailleurs que l’OMC est la seule institution internationale à
avoir un réel pouvoir sur les Etats, le risque de défection
sera amoindri.
Nos lectures commentées
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p. 90-91 : Des perspectives
pour l’après Kyoto par Cédric PHILIBERT (Agence
Internationale pour l’Energie).
2005 marque le début des négociations (entamées
à Buenos Aires) sur les actions à mener après
2012 pour limiter l’émission de GES. L’auteur
envisage 3 scénarios : 1. Rester sur les objectifs modestes
de la première négociation, c’est négliger
l’importance du calendrier des émissions. 2. Coordonner
des alternatives nationales ou imposer une taxe carbone, le risque
du free rider augmentera. 3. Améliorer le protocole en développant
des nouveaux mécanismes de flexibilité (comme un prix
plafond par exemple) qui permettraient d’intégrer les
PED & les Etats-Unis.
Voir aussi son article dans le rapport GUESNERIE (ref. ci-après)
p. 92-94 : Le marché peut-il sauver la
planète ? par Denis CLERC. Une analyse critique de l’intérêt
et des limites des mécanismes de marché dans le
domaine de l’environnement. Synthétique et très
clair.
L'état
de l'économie en 2005
Hors-série Alternatives économiques n°64, 2ème
trimestre 2005
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p. 7-11 : Kyoto
ne suffira pas par Guillaume DUVAL. Synthèse des enjeux autour
de la mise en œuvre du protocole.
p. 12-15 : Si la France voulait vraiment réduire ses émissions
par Marc CHEVALLIER. La mesure des mutations nécessaires
pour diviser nos émissions par 4 d’ici 2050 (- de
40 millions de t de carbone) au regard d’une efficacité
énergétique du PIB qui décroît bien
lentement (autour de 0,15 tep pour 1000$1995 de PIB). Des pistes
déclinées dans les secteurs de l’habitat,
de l’industrie, de l’énergie et des transports.
Alternatives économiques
n°233, février 2005.
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p. 29-35 : Pourquoi des marchés
de permis à polluer ? par Axel GOSSERIES et Vicent VAN
STEENBERGHE in Regards économiques n°24, avril 2004,
repris dans PE. L’article précise les mécanismes
économiques à l’œuvre dans les marchés
de permis puis développe l’exemple de l’Acid
Rain Program lancé aux Etats-Unis en 1995 pour limiter
les émissions de SO2. Il souligne à cet égard
le risque d’effets pervers d’une trop grande volatilité
du signal-prix (le prix de la tonne de SO2 a varié de 70
à 210$ en moins de 4 ans) : les investissements dans les
nouvelles technologies risquent d’être découragés.
p. : Comment agir face au réchauffement
climatique ? par John CAREY et Sarah SHAPIRO, in Business Week
et repris dans PE.
Les dernières décennies ont été les
plus chaudes depuis l’époque où a débuté
l’enregistrement des températures. Presque tout le
monde est aujourd’hui d’accord avec l’idée
selon laquelle il est nécessaire d’agir contre ce
réchauffement climatique. Même si les gouvernements
de certains pays ne sont pas encore prêts à prendre
des mesures, comme le propose par exemple le protocole de Kyoto,
les entreprises, quant à elles, n’attendent pas.
La lutte contre le réchauffement génère non
seulement des débouchés pour des nouveaux produits,
mais également des économies de coût. Mais
leur action reste finalement sous-optimale, car entreprises et
citoyens manquent de prévisibilité à long
terme et ne disposent pas des moyens politiques d’un Etat.
Peu de pays ont pour l’instant eu le courage de fixer des
objectifs pour les cinqunte prochaines années, comme l’a
fait la Grande-Bretagne qui s’est engagée à
réduire ses émissions de 60 % d’ici à
2050.
L'économie
de l'environnement
Problèmes économiques n°2863, La Documentation
française, novembre 2004.
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Roger GUESNERIE,
Kyoto et l'économie de l'effet de serre,
Rapport du Conseil d’Analyse économiquE n.39, la Documentation
française, 2003, 265 p.
Analyse économique coûts/avantages d’une politique
de maîtrise de l’effet de serre. L’évaluation
économique du protocole de Kyoto. Des remarques intéressantes
sur les enjeux politiques notamment concernant l’allocation
initiale de permis d’émission.
|
Alain MANEL, Benoît URGELLI, mars 2005 |